L’objectif de cet ouvrage est d’honorer l’ambition qu’avait David Graeber de construire des ponts entre les sciences sociales. Il réunit des contributions d’anthropologues, de sociologues, d’économistes, de politistes qui réfléchissent aux apports de Graeber à leur discipline sur 4 thèmes : travail et mouvements sociaux, dette et monnaie, capitalisme et pouvoir, anarchisme et liberté. David Graeber, professeur d’anthropologie à la London School of Economics disparu brutalement le 2 septembre 2020, aura marqué son époque par sa créativité scientifique et ses apports originaux à des débats publics majeurs. À travers une anthropologie que l’on peut qualifier de politique, il a montré que la diversité des organisations sociales révélées par les enquêtes ethnographiques ouvre sur l’idée d’une pluralité des possibles et ainsi sur la perspective d’une société plus égalitaire et plus démocratique. Théoricien de la pensée libertaire nord-américaine, il est devenu une figure de proue du mouvement “Occupy Wall Street” et une figure intellectuelle majeure de la gauche libertaire. David Graeber était un passeur. Entre les disciplines d’abord : il a notamment démontré comment l’anthropologie pouvait nourrir d’autres disciplines, telles les sciences économiques, la sociologie ou la science politique notamment. Il était aussi un passeur entre action et réflexion : selon lui, la connaissance produite par les sciences sociales doit constituer une force imaginative et transformatrice en faveur d’une société réellement démocratique. C’est ce que se sont employés à démontrer les contributeurs à cet ouvrage issu d’un colloque tenu à l’université Lumière Lyon 2 en juillet 2022.
Partie I. David Graeber et les sciences sociales
Ayça Çubukçu, Véronique Dutraive (trad.), Les apports de David Graeber à l’anthropologie, L’anthropologie des possibilités humaines
Steve Keen, Vassily Pigounidès (trad.), Les apports de David Graeber à l’analyse économique, Sus à l’hubris de l’économie
Michel Lallement, Les apports de David Graeber à la sociologie, Un style sociologique ?
Partie II. Regards pluridisciplinaires sur les thématiques graeberiennes
Travail et mouvements sociaux
Céline Marty, Une critique anarchiste du travail
Antoine Dain, Qu’est-ce qu’un travail sensé ? Réflexion autour de reconversions dans l’artisanat
Sophie Béroud, Les mouvements sociaux comme expérience démocratique
Dette et monnaie
Leander Bindewald, Nathalie Cazier (trad.), Conflits d’intérêts statutaires et définitions de l’« argent » par la Banque d’Angleterre
Julia Genechesi, Lionel Pernet et Eneko Hiriart, État, guerre, dettes, or et monnaies : une grille de lecture graeberienne pour les sociétés celtiques
Pierre-David Kusman et Jean-Luc De Meulemeester, Relire Graeber à la lumière d’une coutume médiévale : être otage pour dettes dans une auberge dans les anciens Pays-Bas
Quentin Badaire, Conflits apparents et affinités secrètes entre Graeber, Nietzsche et Deleuze & Guattari autour de la question de la dette de vie
Capitalisme et pouvoir
Gaëtan Le Quang, Abstraction et violence : penser le capitalisme avec David Graeber
Yves David Hugot, La conception graeberienne du capitalisme au prisme de l’œuvre d’Immanuel Wallerstein
Nicholas Smaligo, Vassily Pigounidès (trad.), Les rois et les policiers-clowns : archéologie du pouvoir souverain chez Graeber et Agamben
Anarchisme, liberté et économie humaine
Frédéric Panhaleux, David Graeber et le « tournant ontologique » en anthropologie : une critique réaliste, ethnographique, anti-autoritaire
Anna-Céline Sommerfeld, Vassily Pigounidès (trad.), Les humains, les plantes et les possibilités : cultiver la liberté dans un monde plus qu’humain
Dmitrii Zhikharevich et Vassily Pigounidès, David Graeber, économiste moral
Véronique Dutraive, Conclusion